billet 6
Dans le dernier billet je vous ai parlé du cas de Walid, enfant algérien atteint d’une grave maladie de peau et menacé d’expulsion du territoire français. La bonne nouvelle est que la mère de Walid, actuellement enceinte, a obtenu une prolongation de séjour de six mois de la préfecture des Bouches-du-Rhône, en revanche rien n’est encore réglé pour ce qui adviendra au bout de ce délai, mais une première étape a été franchie et nous pouvons espérer que la raison finira par l’emporter, « affaire à suivre » donc, comme cela se dit dans le milieu journalistique…
Aujourd’hui j’ai décidé d’aborder un sujet sensible, la « souffrance »…
Pourquoi un tel sujet d’abord, et bien pour plusieurs raisons dont la première est que nous sommes tous confrontés un jour ou l’autre à ce douloureux problème, soit à titre personnel, soit parce que cela concerne l’un de nos proches.
La médiatisation de notre société fait que la souffrance, d’une manière générale, est mise sur le devant de la scène, il ne se passe pas une journée sans que nous apprenions qu’à tel endroit de la planète des choses terribles se produisent, au point que parfois nous finissons par ignorer la tragédie qui se joue sur notre palier…
Nos modes de vie engendrent de nouveaux types de souffrances, dans les entreprises notamment ou les pressions qui s’exercent sur le personnel peuvent conduire parfois aux pires extrémités…
Oui la « Souffrance » est bien présente dans notre monde, oui cela fait un bout de temps que cela dure, la différence étant que c’est la « forme » qui change et non le « fond »…
Et la violence alors ?
Il est vrai que la violence se trouve à l’origine de la souffrance dans la plupart des cas. Elle peut atteindre un degré d’intensité tel que parfois elle rend la vie impossible..
Les premières victimes de ces violences sont souvent les femmes, avec la pire agression physique qu’il soit : le « viol » !
La chanteuse Billie Hollyday avait une manière toute particulière de parler du viol, elle disait ceci : « Même une pute qui ferait vingt-cinq mille passes par jour, ne voudrait pas se laisser violer. C’est la pire chose qui puisse arriver à une femme. ».
Existe t-il une hiérarchie de la souffrance ?
On peut établir une classification à des fins statistiques peut-être, mais je ne crois pas que cela soit une réponse cohérente pour toutes les personnes qui vivent cette épreuve au quotidien.
La souffrance que je peux ressentir sera t’elle
identique à celle, comparable, de mon voisin ?
Sans doute faudrait-il que nous soyons jumeaux pour éprouver les mêmes sensations, et encore je n’en suis pas certain.
Une amie qui a été hospitalisée récemment a du répondre à cette question des médecins : « Madame, pouvez- vous nous dire où vous placez votre douleur, sur une échelle de 1 à 10 ? ».
Le malade est-il le mieux placé pour répondre à cette question ?
Dans le cas de cette amie, c’est son médecin traitant qui a été le mieux à même d’apporter la réponse.
Dans la définition de la souffrance,
le dictionnaire fait mention de patience, d’endurance, de tolérance…
Autrement dit, les personnes en état de souffrance peuvent, à défaut d’accepter leur état, s’accommoder de celui-ci en faisant preuve d’une « patience » qui peut déstabiliser leur entourage, qui ne comprend pas comment il est possible de vivre une situation pareille…
La frontière entre un mal bien réel et sa perception est tout sauf évidente.
Le milieu médical a beaucoup évolué pour ce qui est du traitement de la douleur, malgré quelques réticences ici et là.
Il y a encore quelques années, les praticiens traitaient la maladie sans se soucier des souffrances que pouvaient endurer les malades, je me souviens qu’étant gamin j’avais une frousse terrible lorsque je devais me rendre chez la dentiste…
Je revois encore cette dame, charmante au demeurant, qui me disait avec un joli sourire : « n’aie pas peur, je vais te faire mal, mais c’est pour ton bien, et puis tu es un grand, non ? », et elle avait raison, j’avais mal, très mal…
Désormais, les grands hôpitaux proposent des unités de soins palliatifs pour les grands malades en fin de vie, on trouve dans ces services des personnels très dévoués, à l’écoute des familles, de jour comme de nuit.
J’ai eu recours à leurs services pour un membre de ma famille, et malgré la douleur de perdre un être proche, j’ai ressenti un grand soulagement auprès de ces personnes.
« Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance
Comme un divin remède à nos impuretés
Et comme la meilleure et la plus pure essence
Qui prépare les forts aux saintes voluptés ! »
Ces quelques vers sont tirés de « Bénédiction » dans les Fleurs du Mal de Baudelaire, je ne sais pas dans quel état se trouvait celui-ci lorsqu’il les a écrits, mais cela peut nous donner un aperçu dont la souffrance pouvait être traitée dans les écrits littéraires du dix-neuvième siècle.
D’abord il y a l’influence de la religion, qui était toute puissante à l’époque, et pour laquelle souffrir faisait partie intégrante de l’existence ; si un être humain se tordait de douleur (physique ou morale) cela relevait de la volonté divine, en punissant le « pêcheur » ou la « pécheresse » pour ses fautes, la souffrance en était le prix à payer, pour nettoyer « l’âme » de toutes ces « impuretés », quant aux saintes voluptés telles qu’elles sont décrites dans le dernier vers, cela soulève une question ambiguë, la souffrance serait-elle source de plaisir pour certains d’entre nous ?
C’est peut-être le cas pour certains adeptes du sadomasochisme, mais pour le plus grand nombre, la souffrance ne ressemble ni de près ni de loin à une partie de plaisir.
Nous vivons dans un monde de plus en plus violent nous disent certains, à croire que les siècles passés furent des promenades de santé…
Je ne vais pas commencer par vous énumérer les chiffres approximatifs des victimes de guerres du siècle précédent, mais il faut bien admettre que les « humains » savent être performants dès lors qu’il s’agit de détruire leurs semblables, à croire que nous sommes programmés pour ça…
Vous connaissez la formule « mieux vaut en rire qu’en pleurer ! », d’autant que les larmes finissent toujours par noyer ceux qui les produisent…
Nous avons le droit de rêver un monde meilleur, mais nous devons nous méfier des miroirs déformants.
Diminuer la souffrance à travers le monde restera toujours un mythe,
mais même si nous devons affronter des moulins à vent,
cela vaut encore mieux que d’attendre assis sur le bord du chemin,
quoiqu’un peu de repos ne fait pas de mal, alors on se lève et…
on y va ?

















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